Maîtriser le coût et le prix de l’IA ? Une mission impossible ? On a posé la question à Nasser Ben Khemis, Directeur Generative AI, Digital Workplace & Innovation du Crédit Agricole Ile de France. Une vision de terrain élargie au contexte français actuel sur la nécessaire maîtrise souveraine de ses infrastructures IA. A termes des choix moins coûteux que ceux d’une IA, majoritairement US, concurrentielle et débridée ? Le débat est lancé.
AI For Good AI For Bad – Pourquoi la facturation au token fait-elle peur aux entreprises ?
Nasser Ben Khemis – La principale raison c’est l’imprévisibilité. la valeur du token reste à ce stade inconnue, et le vrai coût de l’IA n’a pas encore été payé : quand les les coûts exploseront (ça commence avec GitHub) et que nous paierons le “vrai coût” de l’IA, il faudra disposer de leviers d’action à l’échelle . Le risque, résumé par le DG Credit-Agricole SA, Olivier Gavalda, c’est que les gains de productivité apportés par la technologie soient absorbés très largement par les acteurs de l’IA . Aujourd’hui le coût reste modeste, mais la croissance est très rapide : 70 % des salariés du groupe sont déjà utilisateurs quotidiens d’outils d’IA générative . Une consommation qui explose, multipliée par un prix qu’on ne maîtrise pas : voilà ce qui inquiète.
AI For Good AI For Bad – Qu’est-ce qui peut limiter le coût de l’IA ?
Nasser Ben Khemis – Je vois 3 leviers :
1-le pas partout pareil : choisir le bon modèle et le bon hébergement selon le besoin, pour maîtriser à la fois les coûts et l’empreinte environnementale . Une banque conversationnelle doit être « précise, personnalisée, sécurisée, robuste, tout en étant rentable et frugale » .,
2- le pot commun : éviter que chaque entité du groupe CA réinvente son socle, ce qui finirait par coûter une fortune
3- Ne pas mettre nos œufs dans le même panier : diversifier les fournisseurs pour garder une marge de manœuvre et ne pas dépendre d’un acteur unique.
AI For Good AI For Bad — L’informatique souveraine permettra-t-elle de contenir les coûts ?
Nasser Ben Khemis – C’est un des leviers, mais pas une formule magique. La souveraineté : c’est un art qui combine plusieurs disciplines : architecture, gouvernance et arbitrage permanent entre risque, contrôle et vitesse d’innovation . Plus concrètement, disposer de capacités de calcul internes et européennes permet de répartir les traitements selon la sensibilité des données, la criticité et les coûts, et donc de maîtriser les coûts de l’IA dans la durée . La souveraineté contribue à éviter une dépendance qui ferait flamber la factu